Co-directrice générale de GPA, groupe familial de plus de 350 salariés en pleine expansion spécialisé dans le recyclage automobile, Evelyne Barberot est une dirigeante engagée. Elle a participé à la transformation du groupe en entreprise à mission, créé un fonds de dotation et inscrit GPA dans de nombreuses initiatives, sociales et environnementales de la Drôme. Evelyne livre à Valeurs d’entrepreneurs ses convictions au service d’une entreprise ancrée dans son territoire.
Vous êtes directrice générale du Groupe GPA. En quoi votre projet d’entreprise répond-il aux enjeux de la transition écologique ?
Notre métier est de collecter des véhicules hors d’usage (VHU) auprès de nos partenaires assureurs. GPA prend en charge les véhicules en perte totale sur toute la France. Nous les valorisons en produisant de la pièce de réemploi. Cette année, nous avons collecté 34 000 véhicules et, grâce à notre usine de démontage de 17000m2 nous produisons jusqu’à 1200 pièces de réemploi par jour. Tracées, contrôlées, emballées comme des pièces neuves, elles sont expédiées dans toute la France. Nous valorisons les véhicules en donnant une seconde vie à la pièce et à la matière. La directive européenne oblige à 95% de recyclabilité des véhicules, GPA va plus loin : 99,7% de la masse des véhicules est valorisée.
Historiquement implantés à Livron dans la Drôme, nous avons repris un site à Angers et construisons une usine à Port Sainte Maxence dans l’Oise (ouverture août 2025). Nous sommes 350 salariés et serons près de 500 avec notre nouveau site.
Quelles sont les innovations récentes de l’entreprise ?
Notre métier se transforme. Nous menons avec nos ingénieurs méthode, des expérimentations avec des équipementiers pour travailler sur l’éco-conception et les matières recyclées.
Les énergies renouvelables représentent un enjeu majeur et c’est pour cela qu’en 2019 nous avons installé 4 hectares de panneaux photovoltaïques sous forme d’ombrière sur nos parcs. C’est un projet que nous avons mené avec le territoire. GPA alimente en électricité (hors chauffage) 5000 foyers des communes voisines, Livron et Loriol.
Nous avons fait le choix d’un mix énergétique ambitieux en installant sur notre site de Livron une éolienne bipale de 32 mètres, d’une puissance de 100KW qui couvre 35 à 40 % de nos consommations. Nous élargissons aujourd’hui nos projets photovoltaïques pour couvrir la totalité de nos besoins en électricité.
Nous souhaitons tracer la voie d’une nouvelle transformation industrielle au service des territoires et du vivant. Notre ambition : Rentrer dans le cercle restreint des entreprises à énergie positive. Nous sommes également très vigilants sur notre consommation d’eau.
Doté d’une équipe de 18 développeurs informatiques, GPA investit sans cesse en recherche et développement. Chacun des 3 sites de l’entreprise est doté d’un atelier dédié au traitement des véhicules électriques avec une équipe d’opérateurs habilités pour intervenir. Ce sont des process risqués. Aujourd’hui, il n’existe hélas pas encore de filière pour recycler les batteries des véhicules électriques. Nos ingénieurs ont pour objectifs d’optimiser la valorisation économique et environnementale des batteries. Les véhicules électriques représentent 5 % des véhicules traités chez GPA.
Nos engagements environnementaux et sociétaux contribuent à la fidélisation de nos salariés.
Depuis le 1er octobre 2023, GPA est devenu le premier recycleur automobile Entreprise à mission en France. Notre raison d’être est : Recycler les mobilité en un futur désirable et solidaire. Cette démarche inscrite dans les statuts de l’entreprise est le fruit d’un travail en collaboration avec nos salariés et reflète les valeurs fondamentales de GPA. Elle devient la feuille de route stratégique de l’entreprise, c’est notre boussole. GPA s’engage ainsi à promouvoir une industrie responsable, respectueuse de son environnement. Depuis septembre 2024, nous avons franchi une nouvelle étape en créant le Fonds de dotation GPA, Leone et Edward Renaud, pour des territoires vivants. Déployé sur nos territoires d’implantation, ce fond a pour mission de soutenir et d’accompagner des projets associatifs locaux à impact social, environnemental ou culturel. L’innovation, c’est aussi l’humain, les conditions de travail, la sécurité et l’ergonomie des postes. Ces avancées nous ont permis de recruter des « talents » : au départ, ce n’était pas gagné avec une casse auto à Livron ! Aujourd’hui, nous avons très peu de problèmes de recrutement. Nous avons révolutionné l’image de la casse automobile. Nos engagements environnementaux et sociétaux contribuent à la fidélisation de nos salariés, dont la rémunération est de 20 à 30% au-dessus de la moyenne du secteur.
Quelle est votre vision du recyclage et plus généralement de l’économie circulaire ?
Ma famille est dans le recyclage et l’économie circulaire depuis plus de 60 ans.
Il est urgent de transformer notre façon de produire et de consommer. Le recyclage comme l’économie circulaire me semblent être les réponses à l’évolution de notre société. Il devient urgent de sortir de l’économie linéaire et d’entrer dans une consommation plus vertueuse et moins consommatrice de matières premières.
Il est donc important pour nous de démontrer que l’on peut industrialiser une activité de l’économie circulaire et qu’elle soit rentable. Le recyclage est très vertueux car il permet de réintroduire des produits de seconde main mais peu de produits recyclés circulent sur le marché pour le moment. La pièce automobile de réemploi est vertueuse car elle est économique, écologique et c’est une industrie non délocalisable. Sensibilisons davantage les citoyens qui sont in fine les décideurs par leur acte d’achat. La directive européenne sur l’économie circulaire invite à améliorer la conception des véhicules pour faciliter le démontage. Elle fixe des objectifs contraignants pour l’utilisation des matériaux recyclés, elle renforce la responsabilité des producteurs dans la collecte et le traitement des véhicules hors d’usage.
Il nous faut une transformation profonde de la chaine de production car nous allons atteindre la limite de ce que notre monde est en mesure de produire
Il nous faut une transformation profonde de la chaine de production car nous allons atteindre la limite de ce que notre monde est en mesure de produire et nous allons droit vers des situations de rupture de matières premières. Notre métier répond à ces exigences industrielles.
Votre entreprise est inscrite dans le territoire de la Biovallée et dans la Drôme. En quoi cet ancrage local est-il important ?
Il est important pour nous de monter que GPA est vraiment ancrée sur son territoire Nous participons à plusieurs commissions de l’association Biovallée qui s’étend de Die à Livron. Notre implication dans notre environnement permet d’agir concrètement sur notre territoire auprès des acteurs locaux, je pense que c’est aussi le rôle et la responsabilité d’une entreprise. Nous sommes un acteur intégré, fortement investi pour soutenir des projets d’insertion sociale et d’environnement. Notre fonds de dotation permet ainsi d’aller plus loin en agissant concrètement auprès des associations.
Quel est selon vous le rôle du dirigeant dans l’entreprise d’aujourd’hui ?
Le dirigeant a plusieurs casquettes : visionnaire, il doit incarner les valeurs et l’identité de l’entreprise et il doit faire en sorte que ces valeurs infusent auprès des collaborateurs et de l’ensemble des équipes : un vrai défi pour une entreprise en forte croissance comme la nôtre. Fédérer autour d’un projet, donner du sens…
Notre enjeu est aussi d’intégrer les nouvelles recrues alors que nous changeons aussi de région (de la Drôme à l’Oise). Nous avons créé une communauté collaborative, avec un référentiel du manager, pour transmettre ces valeurs sur l’ensemble des sites.
Diriger une entreprise aujourd’hui, c’est aussi l’ancrer dans son environnement géographique et participer à la vie et à l’animation de ce territoire.
Diriger une entreprise aujourd’hui, c’est aussi l’ancrer dans son environnement géographique et participer à la vie et à l’animation de ce territoire. L’entreprise n’a pas seulement un rôle économique, elle a aussi un rôle social et sociétal.
Notre rôle est de sensibiliser les collaborateurs pour les embarquer dans des projets de bénévolat, de mécénat de compétences : nous avons besoin de donner du sens à l’action, pour chacun des salariés de GPA. Nous sommes investis également dans les Entreprises du Cœur, collectif de 40 entreprises, représentants de plus 5000 salariés qui vient en soutien auprès des associations locales.
A l’heure où nous transmettons les rênes à la troisième génération, nous veillons à faire vivre les valeurs familiales au sein de GPA, labellisée « Great place to work » pour la troisième année. J’apprends encore tous les jours : il y a tant à faire, au sein de l’entreprise et sur le territoire…
L’entreprise est un lieu ouvert qui favorise les échanges, pour faire grandir son territoire.
Nous devons tous agir pour un futur désirable et solidaire.
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