Cofondatrice de Lianeli, une startup dédiée à l’e-santé, Maelle Bacot est une entrepreneuse engagée. L’entreprise qu’elle dirige a pour but de rendre le citoyen acteur de sa santé, en facilitant l’accès à la prévention. Elle livre à Valeurs d’entrepreneurs ses convictions pour conduire la mission de Lianeli : sauver des vies grâce à l’innovation digitale.
Vous avez cofondé Lianeli en 2022. Quelle était votre motivation ?
J’avais très envie d’entreprendre depuis plusieurs années. J’ai eu une expérience d’intrapreneure mais je voulais démarrer à zéro tout en étant utile aux citoyens et contribuer à changer le monde.
je voulais démarrer à zéro tout en étant utile aux citoyens et contribuer à changer le monde
Je tenais vraiment à créer un impact positif. Je ne voulais pas m’engager seule dans cette aventure et l’idée est venue à moi par mon réseau personnel : deux personnes, deux futurs associés qui avaient les idées claires et un projet qui m’a très vite passionné. Cette idée faisait en plus écho à mon expérience personnelle récente (la perte d’un proche, en l’occurrence mon papa). J’ai découvert que grâce au dépistage, on peut sauver des vies, pas uniquement sur les cancers mais aussi d’autres pathologies. Les planètes s’alignaient. Je ne connaissais rien à la santé et au digital, je savais que je n’allais pas m’ennuyer et surtout être utile !
Vous entendez sauver des vies grâce à l’innovation digitale. Expliquez-nous votre mission
Grâce au dépistage, on peut détecter une maladie précoce, avant d’avoir des symptômes. Trois dépistages de maladies sont aujourd’hui « organisés » par l’Etat : celui du cancer du sein, du colon et du col de l’utérus Chacun est éligible à ces dépistages en fonction de son âge et de son sexe et les populations les connaissent car ils sauvent des vies à plus de 90%. Mais il en existe d’autres, méconnus du grand public sur les maladies cardiovasculaires, infectieuses, dégénératives, métaboliques, addictives… Beaucoup ont démontré un intérêt médico-économique via la haute autorité de santé. Il ne s’agit pas de chercher pour trouver mais de chercher car si l’on détecte quelque chose précocement, on peut faire en sorte que la maladie puisse disparaitre. Par exemple, si c’est un prédiabète, on pourra inverser la tendance et éviter que le patient ait besoin d’insuline toute sa vie. A l’échelle nationale, cela représente un impact financier considérable. Une vingtaine de pathologies sont dépistables et elles concernent aussi les plus jeunes.
Le but est de devenir acteur de sa santé en sachant quelles questions poser à son entourage familial pour être sûr de ne pas passer à côté d’une maladie potentiellement génétique.
Chacun doit se renseigner par lui-même et faire le lien avec le médecin pour qu’il puisse apprendre des choses sur vous en un temps record. Sans votre contribution, il n’a pas le temps d’effectuer ce travail, pour vous délivrer une ordonnance et des examens complémentaires. La plateforme Lianeli présente une vingtaine de dépistages et on estime que l’on peut sauver jusqu’à 100 000 vies chaque année. Via un questionnaire de 10 min, chaque patient peut comprendre quels sont les dépistages à réaliser tout au long de sa vie, avec un planning sur 5 ans ; Lianeli renseigne sur le pourcentage de remboursement, le besoin ou non d’une ordonnance…L’objectif est bien de prendre sa santé en main ! Nous travaillons avec la faculté de médecine de Lyon et les Hospices Civils de Lyon (HCL) avec lesquels nous avons cocréé l’outil, afin d’aider les généralistes qui n’ont pas toujours toutes les connaissances nécessaires pour accompagner un patient sur toutes les pathologies. Nous avons aussi créé un portail pour les professionnels afin de leur permettre de pouvoir compléter et modifier des questionnaires pour des patients et adapter les rythmes de dépistage.
Quel profil d’entrepreneuse êtes-vous ? Quelle est votre vision de l’entrepreneuriat ? Quel est votre style de management ?
Un entrepreneur est tellement animé par son sujet qu’il adopte un style unique par rapport à son projet. L’entreprise que l’on crée est comme un bébé ; cela revient à demander quel est mon style d’éducation parentale ! Du coup j’ai demandé l’avis à mon équipe. Je suis une entrepreneuse engagée. Je ne reviens jamais sur mes engagements ; je vais tout donner. Avec pugnacité. Même lorsque l’on me recommande d’abandonner. J’ai une vision très transversale des sujets sans être experte pour challenger chaque membre de l’équipe. Je suis adepte de la transparence ; je ne cache rien, sans inquiéter inutilement les salariés. Lors de mes recrutements, je parle du projet comme d’un trek avec un couteau suisse et un sac à dos. Le chemin va être sinueux…Les salariés apprécient cette transparence. Je fais confiance ; je connais mes forces et faiblesses et j’utilise les forces de chacun en donnant une direction.
On ne manage pas de la même manière lorsque l’on créé sa société que lorsque on dépend d’un groupe qui impose un style de management.
C’est d’ailleurs une des raisons qui m’ont poussée à quitter mon poste précédent car je n’étais pas alignée avec le mode de management. En étant très délégative, j’ai besoin de personnes très autonomes. Je ne l’aurais pas été autant si cela avait été un sujet que je maitrisais à 100 %. Et puis je suis aussi devenue maman, cela change le regard sur le management.
Quels métiers exercez-vous au quotidien ? Quels sont vos clients ?
Je suis CEO, j’exerce une vision transverse. Je gère la partie financière, le marketing et la communication. Et je suis chef de produit pour insuffler les demandes et besoins du client. Je suis concentrée sur l’opérationnel et le business développement. Je travaille avec les assureurs santé pour faire de la prévention auprès des adhérents, qui intègrent Lianeli dans leurs services. Avec le marché des entreprises qui s’engagent à prendre un abonnement pour leurs salariés dans une démarche de QVT/RSE, afin de les encourager à se préoccuper de leur santé. Et je collabore avec les professionnels de santé (les CPTS ou communautés professionnelles territoriales de santé) qui ont pour mission de répondre aux problématiques des déserts médicaux par de la prévention auprès des citoyens.
Pouvez-vous partager une réussite ou une histoire marquante vécue avec Lianeli ?
Lorsque les professionnels de santé nous ont demandé à utiliser Lianeli, nous l’avons vécu comme une vraie preuve de marché. Les premières CPTS ont signé et les plus convaincus sont les médecins généralistes qui veulent que les citoyens puissent avoir accès à Lianeli car cela leur permet de gagner du temps et de se concentrer sur leurs patients. Autre histoire marquante : au tout début du projet, nous avons répondu à un appel à projets fondé sur des études scientifiques avec le cancéropole de de Lyon, le CLARA. Lors de la sélection des entreprises accompagnées pour cet appel à projet, nous avons rencontré le service sciences de la vie et santé de la Métropole de Lyon qui cofinance les études avec la Région. A cette occasion, la Métropole de Lyon s’est engagée dans des études annexes grandeur nature auprès de 550 agents : que se passe-t-il lorsque l’on donne la possibilité à plus de 550 personnes de se connecter ? Combien vont se servir de cette solution ? Ce test grandeur nature a été très utile pour la suite de notre développement.
Quelles sont vos sources d’inspiration ? Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui rentrent sur le marché du travail ?
J’écoute beaucoup les clients même quand j’essuie un refus. Quel levier aurait pu déclencher l’achat ? Ce qui m’inspire, c’est le réseau d’entrepreneurs autour de moi. Nous échangeons régulièrement pour partager nos difficultés et nos réussites. A plusieurs, on gagne du temps. Il faut se constituer un réseau de personnes proches. Le H7 le fait très bien avec l’incubateur qui met en réseau les personnes entre elles pour résoudre certaines difficultés. Les clients aussi m’inspirent, tout comme les citoyens ; quelles sont leurs craintes vis-à -vis du dépistage ?
Je conseille aux jeunes d’entreprendre : c’est une super école de la vie.
Cela change l’image que l’on peut avoir de l’entrepreneur. Avoir été salarié et entrepreneur permet de savoir quels sont les bénéfices et les inconvénients de chaque statut et de mieux comprendre dans les débats quotidiens les messages clivants sur l’état d’esprit du patron. Quand on a vécu de l’intérieur les difficultés de l’entrepreneur, le regard change ! Le patron croit profondément à ce qu’il fait ! Courage, travail, engagement. Il faut de l’autodiscipline. C’est l’inconnue qui crée l’excitation. Oser entreprendre permet d’apprendre beaucoup. Notre prochaine étape ? Conquérir le marché des professionnels de santé avec les CPTS pour que Lianeli soit utilisé sur les territoires. C’est notre principal enjeu.
A relire :
Bénédicte Tilloy : de l’univers des grands groupes à celui des startups
Fabrice Bonnifet : les entreprises ont le devoir d’accélérer leur transformation
Bernard Devert : l’entrepreneur est un soignant de la cohésion sociale.
