À la tête de Bjorg et Compagnie (groupe Ecotone, leader français et européen du bio et du végétal), Benoît Dadolle défend une vision de l’entreprise qui conjugue performance économique et engagement environnemental. Dans un marché du bio en pleine mutation, il partage ici ses convictions d’entrepreneur, sa manière de fédérer les équipes autour du sens, et sa vision de l’alimentation responsable de demain.
Ecotone est une entreprise à mission. Quelles valeurs guident vos décisions de dirigeant ?
Le secteur de l’agroalimentaire auquel j’ai consacré toute ma vie professionnelle génère un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre et 70 % de la perte de biodiversité terrestre. 97 % des stations de captage d’eau en France présentent au moins un résidu de pesticide chimique.
Ma conviction, c’est qu’il faut agir pour continuer à bien nourrir nos clients et préserver l’environnement.
L’objectif est d’aligner notre modèle économique sur une mission de préservation de la biodiversité tout en assurant une performance économique pour les actionnaires et l’écosystème. Notre démarche s’est traduite par la certification B Corp ; Ecotone détient le score le plus élevé de l’agroalimentaire dans le monde pour une entreprise de plus de 1 000 personnes. Nous menons des campagnes audacieuses comme celle menée cet été sur le bilan carbone de nos boissons végétales, trois fois moins carbonées que le lait demi-écrémé.
Qu’est-ce qui constitue l’ADN de Bjorg et Compagnie sur le marché du bio aujourd’hui ?
Bjorg et Compagnie se positionne comme un pionnier et une marque du quotidien, présente dans près d’un foyer français sur deux avec ses marques comme Bjorg, Clipper ou Alter Eco. Créée en 1988 par une nutritionniste, Bjorg a introduit le bio et les boissons végétales en grande et moyenne surface et a été l’un des premiers à supprimer l’huile de palme de tous ses produits. Avec l’objectif de démocratiser le bio en le rendant accessible au plus grand nombre. La société réalise un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros, emploie 250 collaborateurs basés à Lyon, et fabrique 50 % de ses produits en interne, l’autre moitié provenant d’un réseau de PME et d’ETI principalement françaises. Le groupe Écotone dispose de huit usines réparties en Europe : une pour le café en région bordelaise, les boissons végétales en Italie dans la plaine du Pô, les céréales en Allemagne et le thé en Angleterre.
Comment donnez-vous envie aux équipes de s’engager durablement ? Qu’entendez-vous par « une meilleure façon de travailler » ?
En rentrant chez Bjorg, les salariés savent qu’ils rejoignent une entreprise engagée. C’est un sujet majeur et j’ai voulu conforter mon engagement personnel avec la participation pendant un an à la Convention des Entreprises pour le Climat (CEC). Nous sommes dans une situation d’urgence. Ce travail m’a aidé à structurer notre feuille de route. Ensuite, l’acculturation et la prise de conscience de nos collaborateurs s’appuie sur des outils comme les ateliers « deux tonnes », les fresques du climat et la projection de « The Week » qui a réuni 200 participants sur une semaine pour comprendre et trouver des solutions. Par ailleurs, en partenariat avec l’ISARA, école d’agronomie à Lyon nous avons créé un programme de formation d’un an, que nous offrons chaque année à une dizaine de collaborateurs à haut potentiel pour maîtriser les enjeux scientifiques. Cet engagement conforte notre capacité à agir durablement en faveur de la préservation de notre environnement. Enfin, nous avons produit une feuille de route RSE qui intègre les filières amont, la transformation et le bilan carbone des usines et entrepôts, la définition du portefeuille de produits, l’engagement des clients, la communication auprès des consommateurs, et bien sûr l’implication des équipes. Ce travail de fond réconcilie performance économique et mission sociétale pour proposer à nos équipes une cohérence globale dans le travail quotidien.
Quand tout s’aligne, le travail a du sens et on sait pourquoi on se lève le matin !
Le bio traverse une phase de doute : comment le rendre à la fois exigeant, accessible et désirable ?
Le label AB a 40 ans. Il constitue une exigence historique forte pour tous nos produits de la fourche à la fourchette : non utilisation de pesticides chimiques, d’OGM, d’engrais de synthèse et six fois moins d’additifs que ce qui est autorisé par la réglementation pour le non bio.. Avant le Covid, le bio a bénéficié d’une croissance à deux chiffres. Ensuite, avec le choc inflationniste de l’alimentaire – 20 % en deux ans – le bio a connu une baisse de 10 à 15% sur 2 ans. Depuis, le marché est reparti à la hausse en 2025 avec une croissance de l’épicerie bio en grande et moyenne surface trois fois supérieure à celle de l’alimentation non biologique.
90 % des Français se déclarent inquiets des conséquences des pesticides chimiques sur leur santé.
Pour maintenir l’accessibilité et la désirabilité, Bjorg réalise environ 40 innovations et 30 rénovations de produits par an (réduction du sel, du sucre et des additifs), assure une distribution élargie dans les gares, McDonald’s, les hôtels Accor, et investit massivement dans la communication pour promouvoir le bio et le sponsoring sportif, notamment avec les sports d’hiver et le biathlon. Plusieurs champions olympiques ont rejoint la team Bjorg.
Comment évoluent les habitudes alimentaires des Français ?
La consommation de boissons végétales a doublé en dix ans, et le végétal prend aussi plus de place dans l’alimentation solide. Les consommateurs s’intéressent davantage aux protéines et aux fibres, notamment les sportifs. Nous le voyons avec notre boisson à l’avoine riche en fibres, qui se vend bien. Enfin, les habitudes changent : les repas sont moins réguliers, on mange à différentes heures de la journée. Cela explique aussi la demande de snacking sain, pour laquelle nous avons lancé une gamme en exclusivité avec Carrefour.
À quoi ressemblera, selon vous, un acteur du bio exemplaire dans 10 ans — et quelle place voulez-vous que Bjorg y occupe ?
Avec la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC), les pouvoirs publics veulent faire passer la part du bio de 6 % à 12 %, pour se rapprocher des pays scandinaves. Comme leader du bio en France, nous avons un rôle à jouer. À travers nos approvisionnements, nous soutenons la rotation des cultures, la couverture des sols en hiver et la plantation de haies. Ces pratiques aident les agriculteurs à faire face aux aléas climatiques. La canicule de 2026 nous a rappelé combien il est important de protéger les sols.
Ce qui me motive, c’est de pouvoir agir dans mon métier sur des sujets auxquels je tiens personnellement, même si les choix ne sont pas toujours simples.
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