Spécialisée dans les solutions de dématérialisation des processus documentaires, ESKER a, depuis sa création en 1985, placé l’innovation au centre de ses valeurs et de son organisation. Depuis deux ans, l’équipe R&D se mobilise en utilisant notamment la méthode Agile. Vous avez dit Scrum ? Explications.
Si Ford avait demandé à ses clients ce qu’ils voulaient, ils auraient répondu : « des chevaux plus rapides». C’est comme ça qu’il a créé l’automobile de masse !
Explique avec humour Jean-Michel Bérard, patron d’ESKER, soulignant ainsi que l’innovation passe, non pas par la réponse directe à une demande client mais plutôt par une compréhension et une écoute permanente de ses besoins.
En matière de démarche R&D, ESKER pratique depuis plusieurs années la méthode Agile et plus particulièrement celle appelée Scrum. Lancée en 1993 depuis les Etats-Unis, elle fait partie des différentes approches développées et mises en œuvre notamment dans l’univers informatique. L’objectif ? Mieux répondre aux attentes du marché dans un temps limité, notamment en impliquant l’ensemble des collaborateurs ainsi que les clients dans le développement du projet. Dans une démarche « agile », l’équipe est bien plus importante que les outils ou les procédures de fonctionnement ; la planification initiale et la structure du projet restent flexibles pour permettre d’intégrer au fur et à mesure les évolutions attendues par les clients.
L’art des stories et du sprint
« Cette méthode a complètement changé notre manière de travailler. Jusqu’alors, les organisations classiques de R&D nécessitaient un temps de développement très long, si long que parfois, quand le produit sortait, il ne correspondait parfois plus au besoin » se souvient Jean-Michel Bérard. Scrum, quezako ? « Chez Esker, les demandes d’évolution du produit constituent des «stories » . Chacune d’elles constitue un petit incrément du produit et doit pouvoir être développée en quelques jours seulement… Il doit aussi pouvoir évoluer aussi en fonction du marché. Concrètement, chaque « story » donne lieu à un « sprint » de deux semaines au cours duquel l’équipe projet a toute latitude pour s’organiser comme elle le souhaite, de la conception aux tests » explique-t-il.
L’un des grands principes de Scrum est en effet de donner l’objectif du projet, de fournir les raisons économiques de ce choix et de laisser toute latitude à l’équipe sur la manière de réaliser la demande. « C’est avec ce genre de méthode qu’on peut sortir de nouvelles versions de produits tous les 15 jours, en fonction des besoins du marché et en temps réel » se félicite Jean-Michel Bérard. « Si l’on se trompe de direction ou si le marché évolue, le cap peut être redressé tous les quinze jours et non plus au bout de plusieurs mois comme dans les projets traditionnels ».
Une méthode qui essaime dans toute l’entreprise
Avec une restitution bimensuelle, étalée sur toute l’année, le rythme est soutenu mais il reste tenable pour les équipes. La condition ? « Que chacun évalue en amont et en équipe le temps nécessaire dont il a besoin pour réaliser une « story ». Chez ESKER, c’est toute la R&D, 60 personnes, qui se prêtent tous les 15 jours à l’exercice. Et ça marche ! « C’est très motivant en interne, parce que les collaborateurs ont plus d’autonomie et qu’ils travaillent en équipe. C’est un vecteur d’intégration très fort des plus jeunes qui sont guidés par des ingénieurs plus experts et ne sont plus cantonnés à des tâches subalternes. »
Mise en place depuis deux ans, la méthode tourne à plein régime après un temps d’adaptation assez long. « Il nous a bien fallu dix-huit mois pour nous l’approprier. C’est un changement complet aussi dans nos modes de pensée » explique Jean-Michel Bérard. « Quand les managers briefent les équipes, il ne faut pas leur donner la solution mais exprimer le besoin au mieux pour que les collaborateurs partent vraiment d’une page blanche » précise-t-il. L’avenir de la méthode au sein de l’entreprise? « La développer dans d’autres secteurs d’activité et l’appliquer pourquoi pas aux équipes de production, de consulting… Et même la direction financière ! » Ne dit-on pas que le succès est un fruit de l’audace ?

Le regard de Bruno Rousset
« Innover, ce n’est pas avoir une nouvelle idée, mais arrêter d’avoir une vieille idée » prétendait Edwin Herbert Land, célèbre inventeur américain. Autrement dit, l’innovation trouve souvent davantage ses ressorts dans le « comment » que dans le « quoi ». Les Américains l’ont bien compris, pionniers des méthodes agiles initiées dans les années 1980. En France, ces méthodes challengent aussi la gestion de nos projets et pas uniquement dans le secteur informatique : la question repose aujourd’hui sur le fait de délivrer une réponse à un vrai besoin et non plus de considérer le projet comme étant sa propre fin.
Ces méthodes me semblent d’autant plus intéressantes qu’elles peuvent s’adapter à de nombreux projets. Parce qu’elles placent l’équipe au cœur de l’action (et non les processus et les outils), qu’elles misent sur la collaboration avec le client (plutôt que sur la négociation de contrat) et qu’elles supposent l’acceptation du changement. Autant de postures qui nous interrogent tous en tant qu’entrepreneurs. Et vous, êtes-vous agiles ?