Après plus d’un siècle d’activité, le maître-chocolatier Voisin a su rester fidèle à ses valeurs et savoir-faire. Exigence dans la sélection des matériaux bruts, préservation de l’artisanat et développement de projets responsables nourrissent la dynamique de cet acteur historique de la vie lyonnaise. Rencontre avec Franck Boucaud-Maître dont l’arrière-grand-père Joseph Boucaud était l’associé de Léon Voisin. Avec son cousin Romain, il dirige l’entreprise qui s’ouvre aujourd’hui à l’accompagnement de jeunes startuppers et entreprises.

Après 120 ans d’activité, quelle est la recette de longévité de Voisin ?

Nous avons réussi à préserver et transmettre nos savoir-faire. Nous conservons des recettes anciennes sans que cela nous empêche d’innover avec de nouveaux matériaux et équipements. Des pièces sont usinées sur-mesure par une école du quartier pour pouvoir conserver nos machines d’origine. Cela s’inscrit dans la continuité de la qualité de fabrication artisanale à laquelle nous sommes très attachés. C’est une vraie force, reconnue par le label Entreprise du Patrimoine Vivant attribué par l’État, qui valorise les entreprises détentrices d’un savoir-faire d’exception. Tout est fait chez Voisin dans le 9ème arrondissement de Lyon, c’est notre marque de fabrique.

Qu’est-ce qui vous guide ?

La volonté de partir de l’origine, en choisissant les meilleures matières premières, et l’amour du geste. Nous travaillons des matériaux bruts comme les fèves de cacao, l’amande, la noisette et nous créons tout de A à Z. Cela ne nous empêche pas d’intégrer de nombreuses nouvelles saveurs avec le curcuma, la fève de tonka, le yuzu qui sont très en vogue dans la cuisine actuelle.

100% du cacao que nous utilisons est durable, l’achat passe par une fondation.

Chaque kilo est surpayé pour financer des projets de développement dans les pays producteurs. On ne s’attache pas uniquement à équiper les planteurs d’un matériel adéquat au travail du cacao. Il faut qu’il y ait un écosystème local qui permette aux planteurs, qui sont très souvent des familles, de bénéficier de projets de crèches, d’hôpitaux… C’est une valeur importante pour nous mais c’est vrai que nous communiquons peu dessus.

Une discrétion volontaire ?

Oui car on le fait d’abord pour que tout le monde le sache en interne et soit fier de son entreprise. On n’est pas là pour se servir de ces arguments vis-à-vis de l’extérieur pour dire « venez chez nous on fait des choses bien ». Il y a un côté pudique, c’est assez lyonnais d’ailleurs. Nous sommes très fiers de ce qu’on fait en ce moment. L’année dernière, pendant la crise sanitaire, nous avons distribué près de 100 000€ de chocolats dans les Ehpad avec le Rotary Club, des actions sont aussi menées avec Docteur Clown pour les enfants hospitalisés. Dans un autre registre, nous avons créé un incubateur de startups dans nos locaux sur 180 m² pour accueillir de jeunes entrepreneurs lyonnais dans des domaines très divers. Plus on avance dans le temps, plus on s’interroge sur ce que l’on a envie de réaliser, aujourd’hui et demain, sur ce que l’on a envie de laisser aussi.

Tout en préservant vos fondamentaux ?

Oui incontestablement car nos clés de succès sont générationnelles et familiales. Le personnel est là depuis longtemps, le directeur de fabrication qui va partir à la retraite est rentré chez nous à 18 ans. La transmission se fait beaucoup en interne même si on envoie très régulièrement des chocolatiers en Allemagne ou à Paris afin qu’ils se spécialisent. Nous souhaitons également avoir le meilleur expert de chaque domaine comme c’est par exemple le cas sur le produit praliné en France. Voisin a aussi des experts sur la conception des ganaches de chocolat qui sont notre cœur de métier, dans le garnissage et la cristallisation pour les coussins de Lyon. Depuis une dizaine d’années, nous faisons aussi intervenir des experts qui nous apportent de nouvelles compétences car nous sommes convaincus qu’il faut toujours se remettre en question. On a cette modestie de se dire qu’il y a des choses qu’on ne sait pas.

De quelle manière recrutez-vous ?

Nous sommes surtout attentifs au savoir-être et nous recrutons des personnes qui partagent nos valeurs et qui sont curieux, se posent des questions, ont envie d’apprendre et sont dans un état d’esprit positif. Nous sommes aujourd’hui 190 répartis pour moitié dans les magasins et pour moitié au siège. Les deux-tiers du personnel du siège sont des fabricants et le reste est composé par l’équipe administrative, les commerciaux, la logistique, etc. Vingt personnes conditionnent les produits dans des boîtes, ce sont des choses qui pourraient être faites à l’étranger et nous coûter moins cher, mais tout est fait ici.

Nos salariés sont des personnes fières de la marque Voisin

Nos salariés sont des personnes fières de la marque Voisin, de la qualité des produits qu’ils proposent, de l’ambiance de travail qui leur est proposée, de la cohérence, de la dynamique. Nous entretenons aussi cela en organisant régulièrement des temps de partage en interne pour créer des liens.

Quels sont vos projets ?

L’entreprise va bien, nous venons d’acheter un nouveau bâtiment de 2 000 m² qui sera une extension des 5 000 m² que nous occupons actuellement. Nous souhaitons continuer à développer des activités annexes, peut-être des salles de team-building pour accueillir des entreprises avec des cours pour la chocolaterie et des visites privées. Autre objectif, continuer notre virage vers le bio dans le café et le chocolat après avoir développé une tablette de chocolat et une pâte à tartiner bio, ainsi que deux cafés. Cela fait partie des choses vers lesquelles nous allons aller pour être toujours plus durables et responsables. Nous allons continuer à travailler beaucoup et souhaiter que cette belle dynamique de famille dure. On va chez Voisin comme nos parents allaient chez Voisin, nos grands-parents allaient chez Voisin et nos enfants iront chez Voisin. On est dans l’affectif, dans l’émotion. Notre métier est de donner du plaisir aux gens et c’est assez merveilleux.

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Franck Boucaud-Maître
Dirigeant
Entreprise
Voisin
Date de création
1897